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Guilde Française des Scénaristes : entretien avec Marine Rambach

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Elle est la présidente du conseil d’administration de l’unique syndicat professionnel qui protège les scénaristes français. Marine Rambach nous parle de cette structure qui lutte pour une meilleure reconnaissance du rôle de scénariste et pour améliorer ses conditions de travail.

 

Pourquoi êtes-vous devenue présidente de la Guilde Française des Scénaristes ? Quel est votre rôle au sein de cette structure ?

Je suis devenue présidente de la Guilde après avoir participé plusieurs années au conseil d’administration de l’UGS (ancien syndicat des scénaristes), puis de la Guilde Française des Scénaristes qui réunit aujourd’hui scénaristes de cinéma, de fiction TV et d’animation. De fait, je me suis syndiquée alors même que j’étais une jeune scénariste, pas encore très au point et découvrant mon métier. J’ai grandi à la Guilde en même temps que je grandissait professionnellement. Mon rôle de présidente, c’est surtout de fédérer en interne 350 scénaristes de tous horizons en faisant qu’ils s’y sentent bien et correctement représentés, et en externe d’incarner la parole des scénaristes. 

 

Qu’est ce qui vous tient à coeur ? Pourquoi ?

Ce qui me tient à coeur, c’est de donner du sens à ce que j’écris et à ce que je vis. Quand j’écris en tant que scénariste, je sais que des millions de gens (je travaille en télévision) vont regarder l’oeuvre issue de ce scénario et je me sens responsable de la qualité et de la portée de ce que j’ai écrit. L’autre chose qui me tient à coeur, c’est la « communauté » des scénaristes. Je viens du livre, je suis romancière, j’adore le monde du livre mais j’ai souffert de l’évident manque de solidarité et de conscience collective des auteurs, sauf dans des domaines spécifiques comme le livre jeunesse ou la BD. A la Guilde, je ressens un sentiment de fraternité, pour dire les choses de manière un peu romantique.

 

Parlez-nous un peu de la Guilde Française des Scénaristes.

La Guilde est une organisation encore jeune, 4-5 ans d’existence, issue de la fusion de deux organisations plus anciennes. On est 350. Elle représente une très grande partie du métier. Elle réunissait au début des auteurs du cinéma et de la fiction TV, les auteurs d’animation sont arrivés entre temps et ça a été un moment génial car ils avaient très envie de bouger et d’agir. Malgré notre « jeunesse », je suis impressionnée par le chemin parcouru en si peu de temps : nous avons pu signer très vite plusieurs accords interprofessionnels, nous avons surtout bénéficié d’une curiosité et de l’écoute de nombreux interlocuteurs professionnels ou institutionnels grâce à notre positionnement assez original : nous sommes une organisation très pragmatique, très réaliste, ouverte au compromis, tout en défendant très passionnément le coeur de notre action : le scénario.

 

Contre quoi lutte t’elle ?

L’idée que le scénario n’est qu’un canevas contre lequel la vraie oeuvre se construit. Qui oserait dire ça en théâtre ? « La pièce est formidable mais le texte n’y est pour rien. » C’est une idée grotesque mais qui perdure pour des raisons culturelles. Le répertoire du cinéma de la Guilde a commandé une étude à un universitaire. L’étude montre qu’1 euro investi dans le scénario rapporte 3 euros. Ces 3 euros, ce n’est pas seulement de l’argent, c’est des spectateurs. Travailler le scénario, c’est se donner plus de chance de créer une oeuvre attractive, or la qualité et l’attractivité, si elle ne sont pas indissociables, sont souvent complices.

 

Pourquoi les scénaristes ont-ils besoin d’une telle structure pour se défendre ?

Les maçons ont besoin de structures pour se défendre. Les infirmières. Les policiers. Les bûcherons… Nous aussi. 

 

A quel problèmes devez-vous faire face ? Quels sont les plus récurrents ?

Au cinéma, le problème premier, plus que pour les scénaristes de télévision, c’est la minoration du scénario et de ceux qui l’écrivent. C’est la désinvolture. C’est le fait que, dans les festivals, on invite l’équipe du film, en oubliant très souvent le scénariste alors qu’il a fait surgir l’histoire, les personnages, les dialogues du film. Le reste en découle : rémunérations trop basses, paiement tardif, voire contrats illégaux. Par ailleurs, le scénariste est contractuellement associé à la réussite du film or il voit très rarement revenir vers lui la part des recettes qui lui revient. Mais la base de tout, c’est de faire émerger la conscience qu’un beau film naît d’un beau scénario, puis de la contribution de plein de professionnels inspirés. Mais d’abord… un beau (ou un bon) scénario.

Il semble que cette minoration du scénario est un héritage, indu, de la Nouvelle Vague. Ce cinéma  s’est construit en opposition avec le cinéma d’avant les années 50 (un cinéma moins « naturel », au scénario plus littéraire, au jeu plus théâtral, etc.) et met en avant une figure de réalisateur « total », auteur à la fois de l’image et du texte. L’idée se répand alors que le réalisateur pleinement auteur est aussi le scénariste de son film. Par opposition par exemple au cinéma d’Hollywood qui distingue fortement ces deux métiers. Le scénariste, uniquement scénariste, se retrouve alors dans une étrange posture d’auteur assistant, voire d’auteur rival, alors que cette collaboration entre auteurs devrait être toute naturelle.

 

Comment se manifestent vos actions ?

Le versant invisible, c’est des dizaines de réunions annuelles dont certaines sont marrantes, mais la plupart moins, sur des sujets exaltants comme la réforme du régime de retraite ou le barème de points des aides du CNC. Un travail de dialogue pour faire comprendre l’importance du scénario, qui demande beaucoup de persévérance (je salue mes élus cinéma qui sont des gens formidables) avec tous ceux qui interviennent dans le cinéma, producteurs, réalisateurs, distributeurs, comédiens, techniciens, etc., et des institutions comme le CNC et le Ministère de la Culture. Nous plaidons depuis des années pour qu’un/e scénariste soit présent à la commission de l’agrément du CNC, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Nous verrons bientôt si cette demande, si évidente et légitime, aboutit.

Le versant visible, c’est la présence dans des festivals, des projections avec masterclass, etc. Je constate qu’en quelques années nous avons progressé, principalement en visibilité médiatique, comme l’a montré récemment l’interview d’Olivier Gorce dans le Film français. Mais le chemin est encore long, je crois. Evidemment, pour nous, la récompense de ce travail, ce sont les moments de retrouvailles entre scénaristes, les dîners, les fêtes que nous organisons, etc. Notre métier est assez solitaire, c’est joyeux et enrichissant de se retrouver.

 

Pensez-vous qu’un jour les scénaristes puissent se passer de la Guilde ?

Evidemment !  Mais ils ne pourront pas se passer de se battre pour être respectés et pour faire de belles oeuvres.

 

Site de la Guilde.

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Propos recueillis par Florian Paume, octobre 2015.

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