CNC Archives : avant la conservation ou la restauration, l’inventaire et l’analyse

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Les Archives Françaises du Film

CNC Archives : avant la conservation ou la restauration, l’inventaire et l’analyse

C’est dans les mains de Rudy Vauchey que les films qui arrivent aux Archives du CNC passent en premier. Il n’a initialement aucune formation de cinéma, arrivé au début des années 2010 après un BAC pro logistique il a gravi les échelons pour intégrer le service inventaire conservation et logistique. C’est dans son bureau qu’il partage avec d’autres collègues du service qu’il nous reçoit, installé devant une “table de contrôle”. Ici, il vérifie et récolte les informations relatives à chaque élément reçu.

 

Vérifier la pellicule

Rudy Vauchey : “On reçoit tous les dépôts, qu’ils soient volontaires ou temporaires. Notre responsable adjoint nous fournit un bordereau de remise de film rempli par le déposant avec tous les titres qu’il va nous déposer : le nombre de boîtes, la nature des éléments, les années de réalisation, les réalisateurs s’il les connait. Ensuite ils nous apportent les boîtes (…) on va dérouler toutes les pellicules, vérifier si c’est le bon film, si le titre correspond bien à ce qu’il y a sur la boîte, (…) récolter un certain nombre de données, principalement sur le générique, comme les sociétés de production, de distribution, le numéro de visa ou les autres titres. Voir quelle est la version du film, si c’est une version originale, sous-titrée… Ensuite on va récolter un nombre d’informations techniques comme la nature de l’élément.”

Par nature de l’élément, il faut comprendre le type de pellicule, s’il s’agit d’une copie, son format, etc. Dérouler la pellicule permet aussi de vérifier leur état et de les métrer grâce à un galet métreur. Les anciennes amorces en acétate (début et fin de pellicule) sont ensuite remplacées par d’autres, neuves et en polyester (plus résistant et donc adapté à la conservation). Les bobines sont ensuite reconditionnées dans des boîtes en plastiques, elles aussi plus adaptées à la conservation que celles en métal. Lors du reconditionnement, un “strip” de couleur bleue (morceau de papier assimilable à du PH, réagissant à l’acidité) est placé dans la boite. S’il devient jaune dans les 72h qui suivent, cela veut dire que la pellicule est vinaigrée. Elle peut alors être rejetée.

Ces opérations concernent les films qui arrivent par le dépôt légal ou d’autres types de dons mais aussi certains conservés depuis plusieurs dizaines d’années mais qui n’ont jamais été ouverts depuis leur dépôt. Une situation qui ne cesse de surprendre Rudy : “Je travaille sur des pellicules qui n’ont probablement pas été déroulées depuis ma naissance !”

 

Enregistrement dans une base de données

Après les vérifications décrites ci-dessus, les éléments testés font l’objet d’un processus d’enregistrement dans une base de données informatique. Dès lors, deux possibilités : soit le film est déjà référencé soit il n’existe pas. Dans le premier cas, il s’agira de compléter la fiche du film. Sinon il faudra en créer une nouvelle. Ces fiches renseignent un grand nombre d’informations sur l’œuvre comme le titre, la date de sortie, le genre, les membres de l’équipe… Un peu à la manière des sites de référencement comme IMDb.

A chaque film correspondent un ou plusieurs “éléments” et “articles”. Ainsi, une copie (un élément) peut être composé de différentes bobines (articles). A chaque article sera rattaché un code-barre permettant de le retrouver une fois qu’il sera stocké.

 

Analyse et indexation

Un peu plus loin dans le bâtiment se trouve le bureau de Jean-Marie Manant, cinéphile entré au CNC Archives en 1988, passé par le stock et le poste de Rudy avant d’arriver dans ce service “Analyse et indexation” qu’il présente ainsi :

“On est censé étudier tous les éléments dont on dispose concernant ce film pour en extraire les meilleurs éléments en vue d’une restauration. Parce que souvent pour un même film on a des tonnes de dépôts. Le chef de service nous attribue des œuvres. On peut avoir jusqu’à 80-100 boîtes pour un film. On visionne tout et on essaie d’en extraire les meilleurs éléments tout en sachant qu’il y a parfois des éléments avec des variantes. Donc il faut rester fidèle à l’œuvre originale au niveau du contenu (…) ce qui n’est pas toujours facile (mauvais état des pellicules).”

Sa mission consiste aussi à peaufiner le travail d’indexation commencé par Rudy Vauchey. Il s’agit principalement de rajouter un résumé, définir les thèmes principaux et secondaires. Ajouter des informations manquantes et non disponibles ailleurs peut demander des travaux de recherches assez conséquents, le but étant d’arriver à la meilleure indexation possible :

“On peut se prendre la tête pendant plusieurs jours puis finalement déboucher sur rien. Une fois j’ai passé trois journées à la bibliothèque pour un film muet. Dans les intertitres je n’avais que ça : le nom d’une interprète. Je suis allé à la bibliothèque, j’ai cherché pendant trois jours et j’ai trouvé dans un journal d’époque un petit entrefilet qui disait qu’elle y aurait joué… J’ai envoyé des planches contact à la cinémathèque autrichienne qui m’a répondu dans la journée que c’était bien ce film-là. Après identification il s’est avéré que c’est un film autrichien de 1922 jusque-là considéré comme perdu.”

C’est sur son travail que s’appuieront les équipes chargées de la restauration qui se trouvent quelques étages au-dessus, au laboratoire.

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Photos : Aurèle Collin

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