La Guerre du Vietnam au Cinéma

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La Guerre du Vietnam au Cinéma

La Guerre du Vietnam ou Deuxième guerre d’Indochine est le conflit qui opposera de 1959 à 1975 la République du Vietnam (Sud-Vietnam) à la République populaire du Vietnam (Nord-Vietnam) respectivement soutenu par les Etats-Unis d’Amérique, le bloc soviétique et la Chine Communiste.

Cette guerre qui se solde en 1975 par la défaite du Sud-Vietnam est l’un des épisodes majeurs de la guerre Froide. Plus long conflit connu par les Etats-Unis, elle est à l’origine d’une crise morale et politique dans la société américaine, avec 58 000 victimes dans l’armée, plusieurs centaines de milliers de victimes et 900 milliards de dollars de dépenses pour l’état américain. Il n’est donc pas étonnant que cette guerre ait inspiré plusieurs centaines de scénarios de 1960 à nos jours.

Voir la chronologie de la guerre du Vietnam

 

« Cette guerre, sans doute plus que les autres, fut inséparable de la notion de dissimulation et de projection paranoïaque. Ce que le cinéma n’a cessé de radiographier, c’est la guerre livrée par les Américains contre eux-mêmes, contre leur image, leur peur, leurs illusions ou leurs désillusions, leur traumatisme ou leur jouissance… Mise en scène déréglée de leur devenir »

Les Cahiers du cinéma

 

On distingue plusieurs périodes distinctes dans le traitement du conflit par l’industrie cinématographique américaine.

 

De 1964 à 1978, un certain malaise et un désintérêt du public domine, la population veut éviter d’entendre parler de l’actualité inquiétante. Hollywood évite aussi de s’impliquer pour ou contre le conflit, en souvenir de la controverse importante suite à la sortie de The Green Berets de John Wayne (1968), véritable apologie de l’intervention de l’armée américaine. Par peur de la polémique très peu de films traitant de la guerre sortent durant cette période, de plus le conflit, très couvert par les médias, l’immédiateté des images séduit plus que la fiction du cinéma.

Après la fin de la guerre le public reste peu réceptif au portage de ce sujet au cinéma, les seuls films majeurs de la période traitent surtout de la réinsertion difficile des vétérans comme Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) et Coming Home d’Hal Ashby (1978).

Le malaise est tel que certains films passeront inaperçus comme Go Tell The Spartans de Ted Post (1978) et seront redécouverts par la suite.

 

De 1978 à 1985, l’exploitation du conflit en tant que sujet cinématographique par Hollywood commence grâce à l’évolution de l’opinion publique au sujet de la guerre et à la diminution des tensions sociales et morales qui déchiraient l’Amérique.

De plus, c’est le succès commercial de The Deer Hunter de Michael Cimino (1978) qui va inciter l’industrie du cinéma à s’emparer du thème. Là encore, la guerre n’est pas traité directement, c’est la réinsertion des vétérans qui est au centre du récit. Le film est aussi l’occasion d’un conflit de mémoire sur certaines pratiques des troupes ennemies, un exemple des mémoires différentes que va engendrer la guerre.

En 1979 sort Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, œuvre majeure du genre. A la suite de ce regain d’intérêt sort une série de films grand public comme la série des Rambo et des Missing in Action qui proposent une vision beaucoup plus patriotique du conflit et qui tentent de réhabiliter l’action de l’armée « trahie par les manœuvres politiques de Washington ». En définitive, cette période voit le début de la production de masse de films sur le Vietnam mais à part Apocalypse Now peu de films emblématiques sur ce thème verront le jour. Il faudra attendre 1986 pour voir ce que l’on considère comme l’apogée du genre.

 

En effet de 1986 à 1993 commence ce qui est vu aujourd’hui comme l’âge d’or du Cinéma-Vietnam. En 1986 sort Platoon d’Oliver Stone qui souhaite montrer la réalité de la guerre de la manière la plus objective possible. Dans la lignée presque « documentaire » du film sort Hamburger Hill de John Irvin en 1987. Dans un autre registre Good Morning Vietnam de Barry Levinson, propose la vision d’un disc-jockey sur la guerre.

Très riche, l’année 1987 voit aussi la sortie de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick qui suscite un vif débat, certains le considèrent comme le seul film qui montre la guerre « vraie » et non pas un voyage psychédélique de plus, la critique que propose le film est beaucoup plus directe que celle proposée par Oliver Stone.

Casualities of War (en français Outrages) de Brian de Palma et Garden of Stone de Francis Ford Coppola sortis en 1989 et 1988 complètent ce renouveau. En 1990, Oliver Stone propose un nouveau film sur le Vietnam : Born on the Fourth of July.

En parallèle, les séries Rambo et Missing in Action continuent à délivrer leur message revanchard puis se déplacent vers d’autres théâtres d’opération propres à l’époque (URSS et Afghanistan).

 

Enfin, depuis 1993, l’intérêt pour les films sur le Vietnam semble retomber, seul Eaven and Hearth, (troisième film d’Oliver Stone sur le Vietnam) et Three Seasons de Tony Bui apportent un point de vue nouveau, celui des Vietnamiens après la guerre.

Robert Zemeckis dans sa fresque historique de L’Amérique contemporaine Forrest Gump (1994) donne une place importante au Vietnam.

Si le Vietnam en tant que thème principal semble disparaître progressivement, le personnage du Vétéran de la guerre reste récurrent comme le montrent des films comme The Big Lebowski de Joel Cohen. La guerre du Vietnam est aujourd’hui considérée comme le plus grand traumatisme du XXème siècle américain. Comme le montre Terry Gilliam dans son film Fear and Loathing dans lequel la société américaine a perdu son idéal, « le rêve américain » est mort. Le tournant, gardé sous silence, est bien entendu le Vietnam.

 

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Hélicoptères UH-1D au Vietnam en 1966 – James K. F. Dung, SFC

 

 

Apocalypse Now (1979)

Francis Ford Coppola

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La version étudiée est la version longue, Apocalypse Now Redux, sortie en 2001.

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«  Le capitaine Willard reçoit pour mission, en pleine guerre du Vietnam, de retrouver le colonel Kurtz qui, dans la jungle, au delà de la frontière cambodgienne, s’est taillé un empire sur lequel il règne par la terreur. Fou ou génie ? Willard va suivre un fleuve pour atteindre la frontière. Il assiste au bombardement au napalm d’un village vietnamien puis à un spectacle de playmates qui tourne à la débandade. Après avoir franchi le dernier pont américain, il retrouve Kurtz dans un univers d’enfer… »

 

Apocalypse Now, propose un voyage initiatique et intérieur avec pour cadre le Vietnam de 1969. Après l’offensive du Têt en 1968, l’armée américaine n’est plus sûre de gagner la guerre. Le spectacle offert est celui de la lente descente aux enfers des G.I’s, de l’armée américaine, cristallisée par le personnage de Kurtz.

Certains diront qu’Apocalypse Now, plus qu’un film sur le Vietnam est un film sur la folie, Coppola déclarera lors du festival de Cannes 1979 :

« Apocalypse Now n’est pas un film sur le Viêt Nam, c’est le Viêt Nam. Et la façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu’étaient les Américains au Viêt Nam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous »

Œuvre phare sur le Vietnam, Apocalypse Now va profondément influencer le Cinéma-Vietnam, si certains se rapprocheront de sa construction, d’autres tenteront d’éviter son aspect psychédélique et irréel.

 

Platoon (1986)

Oliver Stone 

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« Septembre 1967: Chris Taylor, dix-neuf ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème régiment d’infanterie, près de la frontière cambodgienne. Chris, issu d’une famille bourgeoise s’est engagé volontairement et, plein d’idéal entend bien servir son pays. Mais la réalité est tout autre et ses illusions vont tomber les unes après les autres. Il sera également temoin de la rivalité sanglante qui oppose deux officiers qu’il admire. “J’ai eu l’idée de “Platoon” en décembre 1969 à mon retour du front. Mais personne ne voulut produire ce script “trop dur, trop noir et deprimant”. »

 

En 1967, le jeune Chris Taylor s’engage volontairement dans la guerre du Vietnam, il est affecté à un régiment d’infanterie dirigée par un lieutenant incompétent : Wolfe.

Les ordres sont donnés par deux sergents, Elias et Barnes qui ont une vision très différente de la guerre, ce qui va les amener à un conflit de plus en plus violent.

Taylor se sent attiré par ces deux figures paternelles, Barnes symbolise la force-brute, l’efficacité aveugle. Elias est la conscience morale, la lucidité et l’humanité. Alors que le premier croit possible une victoire américaine, le second a perdu espoir et souhaite le retrait des troupes du Vietnam.

Nous sommes en 1967 et l’Amérique croit encore pouvoir gagner la guerre, cette espoir en « une lumière au bout du tunnel » va disparaître quand en 1968, les insurgés Viêt-Cong lancent l’offensive du Têt.

 

Récit presque autobiographique, Oliver Stone s’étant engagé lui aussi volontairement, Platoon cherche le traitement le plus juste possible de la guerre, il aborde des thématiques jusque là ignorées, comme la composition sociétale de l’armée, avec la condition sociale civile qu’on retrouve dans l’armée, ce sont les plus pauvres qui se battent ; les rapports hiérarchiques et le meurtre d’officiers par leur subordonnés, on considère Platoon comme le plus « vrai » des films sur le Vietnam, son approche presque documentaire marquera un certain nombre de films qui tenteront eux aussi d’apporter un témoignage le plus véridique possible.

Oliver Stone reviendra deux fois sur le Vietnam avec Born a Fourth of July en 1990 et Heaven and Hearth en 1993.

 

Full Metal Jacket (1987)

Stanley Kubrick 

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full metal jacket

« Pendant la guerre du Vietnam, la préparation et l’entrainement d’un groupe de jeunes marines, jusqu’au terrible baptême du feu et la sanglante offensive du Tet a Hue, en 1968. »

 

Attention : spoilers dans ce paragraphe. L’action du film se déroule en deux temps, d’abord l’entraînement d’un groupe de recrues sous la houlette d’un sergent instructeur tyrannique, Hartmann. Le récit est centré sur l’engagé « Guignol ». Un autre engagé surnommé « Baleine » est la cible des brimades du sergent en raison de son surpoids et de sa personnalité effacée. Peu à peu, il devient le réceptacle de la rancœur des autres engagés, parfois punis par sa faute. « Baleine » détesté de tous, inapte au service, sombre peu à peu dans la folie et finira par tuer le sergent Hartmann et se suicider.

Les engagés sont maintenant envoyés sur le front, au Vietnam, où ils participent aux combats urbains du Têt en février 1968. C’est l’un des rares films à s’éloigner en partie des combats dans la jungle beaucoup plus souvent représentés.

Si le film se révèle très critique envers l’armée américaine, Stanley Kubrick ne veut à l’origine que montrer la guerre telle qu’elle est, il entreprendra une démarche de recherche documentaire très importante, mais, au contraire d’Oliver Stone, il n’a pas fait la guerre et se base sur le témoignage Michel Herr et le roman de Gustav Harford, The Short Timers.

 

Good Morning Vietnam (1988)

Barry Levinson 

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good morning vietnam

« Un nouveau disc jockey est envoyé au Vietnam pour animer la radio des forces armées et distraire les soldats. Son ton frais et irrévérencieux le rend vite populaire aux yeux des militaires. »

 

1965, Adrian Cronauer, Disc-jockey est engagé pour animer une émission musicale sur la radio destinée aux soldats américains au Vietnam. Son ton humoristique et le légendaire salut qu’il adresse aux soldats deviennent légendaires, la guerre vient tout juste de commencer, la lutte est surtout antiterroriste et concerne les attentas Viêt-Cong à Saigon, la capitale. 

Le point de vue et le contexte sont ainsi très différents, la construction du film diffère aussi de manière radicale. La bande-son, très présente, rythme le récit de manière importante. De plus, le conflit filmé est plus un conflit moral et social qu’une guerre ouverte, il n’y a pas de combats dans la jungle ou dans la ville, l’armée américaine en place est beaucoup plus réduite et l’opinion publique est encore favorable et optimiste. Le film aborde des thèmes comme la censure faite par l’armée, la relation avec les autochtones : Cronauer vit une idylle avec une Vietnamienne. La corruption est déjà présente, les soldats américains découvrent au Vietnam la drogue, la prostitution et la violence. 

La liberté de ton et l’esprit peu militaire que Cronauer transmet aux troupes finira par agacer la hiérarchie qui le ferra remplacer. Dans un sens le film propose une explication du caractère profondément rock de la guerre, la musique de Cronauer symbolise la révolte des jeunes engagés face à leurs supérieurs bien plus âgés.

 

Chronologie de la guerre du Vietnam

 

1954

Création du Sud-Vietnam sous l’égide des Etats-Unis

1959 

Début du conflit armé, le Nord-Vietnam soutient la guérilla communiste du Sud (le Viêt-Cong)

1961 

Première intervention militaire américaine 

1963 

Le président Kennedy amorce le retrait des forces militaires américaines dans le cadre de la détente avec Moscou, il est assassiné le 22 Novembre  

1964 

Le nouveau président américain Lyndon Johnson réaffirme la présence américaine au Vietnam, il augmente les forces présentes sans que cela soit suffisant, démocrate, il souhaite aussi éviter de devenir le président de la guerre

1968 

En février le Viêt-Cong lance l’ «offensive du Têt» qui bien que se soldant par un échec atteint gravement l’opinion publique américaine et lui fait perdre confiance quand à l’issue de la guerre

En mars, Johnson, alors qu’il termine son mandat appelle à la paix et la cessation des raids du Viêt-Cong  

1969-1973 

Le nouveau président, Nixon, amorce un lent retrait des forces américaines, il privilégie les assauts aériens et accélère la formation de l’armée du Sud-Vietnam

1973-1975 

Alors que les troupes américaines se retirent du pays, le Sud-Vietnam continue seul la guerre, il résiste à 2 offensives du Nord, en 1972 et fin 1974, isolé et privé du soutient américain, il est submergé par les forces communistes en 1975.

La capitale Saigon tombe aux mains des troupes Nord-Vietnamiennes le 30 avril.

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Sources : http://www.thucydide.com/ ; http://www.imdb.com/ ; http://mecaniquefilmique.blogspot.com

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