L’indispensable scripte

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Métiers

L’indispensable scripte

Malgré son importance lors de la production d’un film, le métier de scripte reste méconnu du grand public. Ces origines en France demeurent très vagues. D’après Jeanne Witta, qui fut la première à exercer ce métier en France en 1931 pour le compte de la Paramount, nous devons cette fonction aux américains. D’abord considéré comme “secrétaire de plateau”, le métier se développe et se professionalise dans les années 40 où le terme “script-girl” apparaît ainsi que sa carte professionnelle.

Le métier se complexifie dans les années 50 puis se retrouve classé dans le département réalisation. Aujourd’hui, le scripte est considéré comme le collaborateur technique et artistique direct du réalisateur. Il est responsable de la continuité et veille à sa bonne mise en oeuvre auprès des différents départements pendant la préparation et le tournage du film. Il suit le minutage et fait le lien avec le montage et la direction de production.

Ce serait une américaine, Sarah Y. Mason, qui aurait été la première scripte sur le tournage d’Arizona réalisé par Douglas Fairbanks. C’était en 1918, soit plus de 20 ans après la première projection en public des frères Lumière qui marque la naissance du cinéma.

 

Pré-production.

Pré-minutage. Sa mission commence dès la pré-production. Une fois le scénario terminé le scripte établit un pré-minutage pour la production, bien en amont du tournage. Cela permet d’estimer la durée finale du film. Ainsi, la production sait s’il est trop long ou trop court et modifie le scénario en conséquence. Le pré-minutage est une tâche délicate qui consiste à imaginer et jouer le film pour soi (en mimant le jeu et les dialogues) à partir du scénario et de le chronométrer. Cela nécessite de prendre en compte un grand nombre de paramètres qui joueront sur la durée du long-métrage tels que le genre, le style du réalisateur, les actions des personnages, identifier le jeu des acteurs, anticiper le montage final, etc.

En parallèle, le scripte travaille sur le scénario pour mettre en lumière des incohérences narratives, des aspects peu compréhensibles, d’éventuels anachronismes, voire des scènes inutiles.

Continuité. Etablir la continuité chronologique du film est une autre de ses missions. Le document de continuité qui en découlera sera une base de travail indispensable lors du tournage puisqu’il permettra de s’assurer de la cohérence temporelle de l’oeuvre. Dans ce document, chaque séquence est numérotée dans l’ordre chronologique du film et l’action y est résumée. Pour chaque séquence, tous les éléments qui ont une importance dans la continuité temporelle du film sont notés : quand a lieu la séquence ? jour ? nuit ? le décors ? les costumes, le maquillage, les coiffures ou accessoires déterminants ?

 

Sur le tournage.

Raccords. Le scripte doit toujours avoir le montage final en tête pour s’assurer qu’il n’y aura pas de problèmes de raccords entre les prises. Ce sont les fameux faux-raccords qu’il faut éviter : par exemple, faire attention qu’une cigarette à moitié consumée sur un plan n’apparaisse pas comme neuve sur le suivant. Si une prise doit être refaite, ce qui arrive souvent, il s’assure que tous les éléments soient revenus à leur position initiale.

Mais il y a aussi d’autres types de raccords à prendre en compte. Par exemple les raccords de jeu. Un film est très rarement tourné dans l’ordre, or tout personnage qui se respecte évolue et ne se comporte pas de la même manière au début et la fin du film. Par conséquent, le scripte doit veiller à ce que le jeu de l’acteur dans une scène soit cohérent avec l’évolution de son personnage.

Ainsi, le scripte collabore avec chaque chef de poste pour veiller à la continuité du jeu, des décors, des costumes, des coiffures, du maquillage, des accessoires, de la lumière, du son et de la mise en scène.

Minutage. Le minutage du film durant le tournage est toujours très important. A chaque séquence, le scripte chronomètre les plans et en déduit un minutage utile soit le minutage réel de la séquence. En comparant avec son pré-minutage initial, la production peut savoir si le film fera bien la bonne durée. Dans le cas contraire, il faut se préparer à couper des séquences ou en ajouter de nouvelles.

Au rapport ! Le scripte est chargé de remplir un bon nombre de rapports qui serviront plus tard, lors de la post-production.

  • Le rapport image permet de répertorier chaque prise sur sa bobine ou son disque dur en indiquant les éléments techniques de prise de vue (objectif, filtres, température de couleur, distance avec les comédiens, angulation). Ces informations sont utiles pour raccorder les séquences durant le tournage et aussi lors de l’étalonnage.
  • Le rapport montage répertorie l’ensemble des prises tournées en spécifiant lesquelles sont bonnes ou mauvaises et pour quelles raisons. Le scripte note majoritairement selon les remarques du réalisateur, du chef opérateur et de l’ingénieur du son. Ceci permettra au monteur d’identifier facilement et rapidement les bons éléments à utiliser. On y trouve aussi des informations descriptives du plan, ainsi que l’objectif utilisé, et la bobine.
  • Le mouchard est un rapport journalier qui indique tout ce qui s’est passé sur le tournage. Utile si il y a des accidents ou de la casse, pour savoir qui est impliqué et comment.
  • Enfin, le rapport de production, qui permet de tenir au courant les producteurs de l’avancée du projet ainsi que des moyens humains et matériels mis en oeuvre.

Il existe également un rapport son, rempli par l’ingénieur du son, qui contient des commentaires sur la qualité des prises de son. Il permet également de synchroniser les bons fichiers audio avec les bonnes prises car, au cinéma, le son est enregistré séparément de l’image.

Tous ces rapports sont remis en fin de journée à leur destinataires respectifs.

 

Vous l’aurez compris, le scripte assure la cohérence temporelle et narrative de l’oeuvre en collaborant avec tous les secteurs ce qui fait de lui le fil conducteur du film et un poste indispensable. C’est un métier très exigeant qui demande concentration, organisation, minutie, diplomatie et qui permet d’avoir un vrai regard sur les décisions techniques et artistiques.

Image de couverture : Sarah Y. Mason sur le tournage de Bound in Morocco (1918) en compagnie de Dick Rosson et Allan Dwan.

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