Scénario

Nœuds dramatiques et climax

Un récit a besoin d’événements qui provoquent ou font rebondir l’action. Sinon, il ne se passerait rien, et passer deux heures devant une nature morte pourrait vite se révéler ennuyeux… C’est là qu’interviennent les nœuds dramatiques, qui trouvent leur apothéose dans le climax. Ces moments clés d’un récit prennent différentes formes et n’ont pas tous la même intensité.

Un information décisive glissée dans une réplique, un changement d’attitude chez un personnage, un choix ou un événement qui influe sur les objectifs des protagonistes : les nœuds dramatiques sont de partout. C’est leur succession dans le récit qui permet à l’action d’avancer et à la tension de monter en apportant du conflit, des obstacles, en relançant l’action ou en apportant des informations supplémentaires qui vont faire avancer le récit.

De multiples nœuds dramatiques

Les nœuds dramatiques peuvent prendre une infinité de formes et dépendent en grande partie de l’imagination et de l’inventivité des auteurs. Vous présenter une liste de tous ces nœuds serait donc vain en plus d’être franchement inutile. Cependant il en existe qui constituent des points de bascule importants et qu’on retrouve dans tous les récits. En voici quelques uns que nous avons pu relever dans les ouvrages La Dramaturgie (Yves Lavandier) et Story (Robert McKee):

  • Incident déclencheur : (ou élément perturbateur) Nœud dramatique majeur sur lequel s’entendent la plupart des théoriciens de la dramaturgie. Il s’agit de l’événement qui va lancer l’histoire en bousculant l’équilibre de vie du protagoniste, en lui donnant un objectif (ou objet de désir) conscient ou inconscient. C’est la réaction du protagoniste à cet élément déclencheur qui va déclencher la trame principale de l’histoire. (ex: Dans E.T., le moment où Eliott découvre un extra-terrestre; la rencontre entre Jack et Rose dans Titanic.)
Jack et Rose dans Titanic

La rencontre entre Jack Dawson (Leonardo DiCaprio) et Rose DeWitt-Bukater (Kate Winslet) dans Titanic marque l’incident déclencheur du film.

  • Point de non-retour : Le point de non-retour correspondrait à ce moment où il devient évident que le protagoniste ne pourra pas retrouver sa situation du début de l’histoire, avant l’incident déclencheur. Lavandier donne comme exemple “le plus explicite” ce passage dans Matrix pendant lequel Néo se voit proposer par Morpheus deux pilules: une qui permettrait à Néo de revenir à sa vie d’avant, et l’autre à explorer la matrice sans aucun retour en arrière possible. A la différence de Lavandier qui n’en évoque qu’un seul, McKee parle de l’existence de plusieurs points de non-retours qui amènent progressivement le protagoniste au climax.
  • Coup de théâtre : (Lavandier) Il existe toute une gamme de coups de théâtres, majeurs ou mineurs, leur point commun étant qu’ils représentent une surprise pour le spectateur tout en faisant évoluer l’action.
  • Cliffhanger : (ou accroche) ce nœud dramatique est particulier puisqu’il intervient à la toute fin d’une œuvre. Son objectif est de relancer l’intérêt du spectateur en vue d’une éventuelle suite. Le cliffhanger est très utilisé dans les séries ou les feuilletons pour garder éveillé l’intérêt des spectateurs d’un épisode ou d’une saison à l’autre.

Le climax

C’est le nœud dramatique le plus puissant qui se produit vers la fin de l’histoire, le point culminant du récit. Le climax peut être positif (le protagoniste atteint son objectif), négatif (il n’y arrive pas) ou ironique (à la fois positif et négatif); dans tous les cas, une réponse est donnée et l’histoire trouve sa conclusion. Le climax marque selon Lavandier la fin du deuxième acte et le passage au troisième, McKee est moins précis mais le place tout de même à la toute fin de l’œuvre.

Le climax est donc l’obstacle le plus difficile à affronter pour le protagoniste. Il s’inscrit dans la suite logique de tous les nœuds dramatiques précédents de l’intrigue principale. On peut citer comme exemple (gare aux spoils!) la scène où l’anneau est détruit dans Le Seigneur des Anneaux, le retour du roi, dans The Truman Show quand Truman fuit enfin sa ville-prison ou encore le suicide à la toute fin de Thelma et Louise

Luke Skywalker dans Star Wars V : l'Empire contre-attaque

Luke Skywalker (Mark Hamill) à l’heure du choix pendant le climax de Star Wars, épisode V : L’Empire contre-attaque (1980).

Deus ex machina

Nœud dramatique particulier, le deus ex machina est un événement (ou un personnage) qui survient de manière inattendue et/ou injustifiée, sans avoir au préalable été annoncé, préparé, et qui permet au protagoniste de surmonter un obstacle en général majeur. Autrement dit, un événement sorti de nul part que ni le spectateur et ni les personnages n’auraient pu prévoir, mais qui se produit quand même. Dans la même trempe, le diabolus ex machina est l’inverse du deus ex machina.

Ce terme, qui pourrait être traduit par “Dieu issu de la machine“, nous vient du théâtre grec antique. A cette époque, pour dénouer les situations désespérées et ainsi sauver le(s) protagoniste(s), on faisait parfois intervenir une divinité. L’acteur qui la représentait était alors amené sur scène grâce à une machinerie.

Le problème du deus ex machina est de trop faciliter le combat du protagoniste pour atteindre son objectif, et de décevoir le spectateur, notamment s’il se produit à la fin d’une œuvre. A l’inverse, il peut s’avérer être un bon outil si le film se base sur le registre de l’absurde. Par exemple à la toute fin de Monty Python: Sacrée Graal (spoil!) l’intervention d’une police contemporaine en plein Moyen-Âge qui arrête des chevaliers s’apprêtant à un assaut décisif pour récupérer le Graal.

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Alerte SpoilLe contenu de cet article révèle l'intrigue du(es) film(s) suivant(s) : Star Wars – Episode V : L’Empire contre-attaque The Truman Show Thelma et Louise Monty Python, Sacré Graal (vous êtes prévenus... :)

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Publié le 27 mars 2020.

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    La Dramaturgie

    Écrit par Yves Lavandier et édité par Le Clown & l'Enfant.

    Traité consacré à l'art du récit dramatique au cinéma, au théâtre, à la télévision, l'opéra, la B.D. L'auteur y décrit des mécanismes du récit dramatique en s'appuyant sur des exemples d'oeuvres. Cet ouvrage est une référence. Depuis sa parution en 1994, de nouvelles versions sont régulièrement publiées par Yves Lavandier.

    Première parution : 1994

    Nombre de pages : 567

  • Story

    Écrit par Robert McKee et édité par Dixit.

    Story est la version livre du fameux séminaire du même nom sur la "Structure Narrative" de Robert McKee. On y découvre les méthodes de celui qui reconnu comme étant le meilleur professeur sur l'écriture de scénario dans le monde. McKee vous fait comprendre une philosophie qui va au-delà des règles et des normes très strictes pour vous démonter les composantes plus nuancées qui font les bonnes histoires.

    Nombre de pages : 415

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