Pellicule et numérique : quelles différences ?

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Technique

Pellicule et numérique : quelles différences ?

A la fin des années 2000 a débuté une nouvelle ère dans le monde du cinéma. Commencé en 2005-2006 aux Etats-Unis principalement, le développement d’une nouvelle technique de tournage et de projection s’étend dans le monde : le numérique. Jusque là, les films étaient tournés et projetés grâce à un support physique appelé pellicule (ça vous dit quelque chose non ?). En l’espace de quelques années, grâce à la baisse du coût des matériels de projection, à des aides du CNC et de sociétés, la quasi totalité des salles de cinéma sont équipées. Le nombre de films tournés en numérique a aussi grandement augmenté jusqu’à concerner la majorité des productions aujourd’hui. Le changement est radical : la pellicule était utilisée depuis les tout débuts du cinéma !

 

Oulà ! Stop ! C’est quoi déjà la pellicule ? Le numérique ?

Alors bon, pour ne pas perdre les plus néophytes d’entre vous, je pense que quelques petites explications s’imposent. D’abord c’est quoi la pellicule ? Vous en avez certainement déjà entendu parler non ? C’est assez simple – nous ne rentrerons pas dans les détails, il faudrait être chimiste – il s’agit d’un support physique souple : une bande dont la largeur varie selon les envies et la quantité d’argent dans les poches des producteurs. La largeur la plus utilisée est le 35mm. Et à quoi elle sert cette bande ? Eh ben c’est sur celle-ci que l’on “met” le film ! Comment !? me dîtes-vous, sur une simple bande de plastique ? Oui ! Merveilleux n’est-ce pas ? En fait, cette “simple” bande est très loin d’être simple. Elle est composée de diverses couches de produits chimiques qui réagissent à la lumière. En gros, lors du tournage, la caméra impressionne (“imprime”) sur la pellicule les images qui composeront le film (je vous rappelle qu’un film, c’est traditionnellement 24 images par seconde). Plus la pellicule est large, plus l’image sera de qualité et plus elle sera chère. Elle est aussi utilisée lors de la projection, on place une grosse lampe derrière et hop ! tout est projeté sur un écran. Bon j’ai vraiment simplifié là hein…

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De la pellicule (photo ici) ! On voit très bien les images, les unes après les autres. Commons Wikimedia.

 

Et maintenant le numérique. Qu’est ce que c’est ce truc là encore ! On le voit marqué de partout, tout le monde en parle. Et pour cause, il est de partout : dans votre ordinateur, votre téléphone, votre frigo, votre voiture… de partout je vous dis ! Pas pour rien qu’on parle de révolution numérique. Et ben le cinéma n’a pas échappé à cette révolution. Comme je le dis plus haut en introduction, en l’espace de trois-quatre ans, quasiment toutes les salles se sont équipées en numérique pour projeter les films et un nombre toujours grandissant d’oeuvres sont tournées en numérique. Qu’est ce qui change par rapport à la pellicule ? Il n’y a plus de support physique. Enfin façon de parler parce qu’il faut bien qu’il soit quelque part le film. En fait, la caméra est maintenant un ordinateur spécialisé. Le principe est toujours le même : on enregistre 24 images par secondes sauf que cette fois les images ne sont pas impressionnées sur de la pellicule (support physique) mais enregistrées dans un disque dur (support virtuel). Et donc tant qu’à faire on projète aussi le film en numérique.

Voilà, tout ça pour dire qu’il s’agit en fait d’un changement de support de tournage et de projection ! Ouf ! Pas perdus ? Et au final, qu’est ce que ça change pour vous, spectateurs ? Et ben pour être honnête, pour la plupart d’entre vous, rien. Quelqu’un qui ne s’y connait pas ne fera pas la différence entre les deux, il vient voir un film et se fiche bien de savoir ce qu’il se passe derrière. Je ne blâme personne ici hein, chacun fait ce qu’il veut, on a la droit de pas être interressé, si ça se trouve le gars dont je parle est un Nobel de maths. Mais bon, puisque vous faites l’effort de lire cet article, c’est sûrement que vous voulez en savoir plus ! Alors revenons à nos moutons après cette petite parenthèse.

 

Le pourquoi du comment

Dans le monde du cinéma et des amateurs de cinéma, il y a les “pros pellicule”, les “pros numérique” et ceux qui sont ni pour ni contre (bien au contraire !). Nous ferons, n’en déplaise à certains puristes, partie de cette troisième catégorie. Déjà je vais essayer de répondre à une question que je n’ai pas abordé plus tôt : pourquoi on est passé au numérique ?

Tout d’abord, pour des raisons financières. Ce type de projection permet de baisser les coûts de distribution. Produire une copie numérique s’avère en effet dix fois moins cher qu’une copie pellicule. Un disque dur suffit désormais pour contenir le film, de plus il est réutilisable. Dans les années à venir, les cinémas devraient recevoir les copies par les réseaux de télécommunication (ADSL, fibre optique…) grâce à un simple transfert de fichier rendant le disque dur obsolète et baissant encore les coûts. Par contre le matériel de projection a une espérance de vie plus courte que les projecteurs d’avant à cause de l’électronique et parce qu’ils sont vite dépassés par une nouvelle version. Je rajouterais aussi qu’un tournage en numérique ne coûte pas forcément moins cher qu’un tournage en pellicule. Après je ne suis pas là pour dire des généralités, tout dépend du type de film.

Il n’y a pas si longtemps, dans cette même galaxie, quand on projetait des films en pellicule, les copies s’abimaient dans le temps au fur et à mesure de leur exploitation. En fait, la qualité de projection dépendait beaucoup de la qualité de la copie pellicule. Ce n’est pas le cas du numérique qui propose la même qualité de projection à tous les spectateurs quelque soit le nombre d’utilisation et quelque soit la copie utilisée. En pellicule, la luminosité de l’image n’était pas la même sur toute la surface de l’écran. Les bords étaient plus sombres que le centre de l’image. Ce n’est plus le cas en numérique. Par contre, le projecteur, si il est mal configuré, peut altérer cette qualité (nous partirons donc du principe qu’il est bien calibré). Le numérique permet aussi de rajouter aisément des données comme des pistes de sous-titres, une piste audio pour les sourds et malentendants etc… Autre chose : une copie pellicule avait une longueur de plusieurs kilomètres (et oui, 24 images par secondes pendant deux heures ça prend de la place). Le projectionniste recevait les copies en plusieurs parties et il devait les recoller entre elles (dans le bon ordre tant qu’à faire). A cela s’ajouait les programmes d’avant séance (pubs, bandes-annonces, parfois courts-métrages et dans des temps reculés les actualités) qu’il fallait aussi coller entre eux… Autant vous dire que tout ceci a disparu (en même temps que le métier de projectionniste au sens premier du terme du coup). Vous voyez une playlist ? Ben voilà à quoi ça ressemble maintenant ! A la différence qu’on ne se sert pas de VLC pour projeter des films, n’exagérons rien !

 

Nobody’s perfect.

Et sinon, il n’a pas quelques défauts le numérique ? Si ! Rien n’est parfait ! Enfin… C’est ce que certains reprochent au numérique : une image trop propre, trop… parfaite. Il est vrai que le “rendu pellicule” a disparu, ce sont des couleurs et des atmosphères particulières qui sont (pour l’instant) impossibles à réaliser en numérique.

Un autre “problème”, c’est qu’une image numérique est composée de pixels : une multitude de petits points de couleur. Une image sur pellicule n’est pas composée de pixels, vous pouvez zoomer à l’infini dedans vous n’aurez jamais ces petits carrés, toujours une forme, certes floue, mais continue. Pour vous illustrer le phénomène, voici une image. Vous avez ici le même rond, à gauche il est grossi en numérique, à droite il est grossi en pellicule. Dans les deux cas c’est flou mais la pellicule est plus agréable à l’oeil.

coparaison pixels pellicule

Avouons que zoomer dans l’image a un intérêt limité. Mais le problème, c’est que de nos jours, le standard de projection est de 2K soit une image composée de 2048 pixels en largeur et de 1080 pixels en hauteur (2 211 840 pixels par image). Cela peut sembler beaucoup mais ça reste inférieur à une image pellicule (en 35mm) même s’il est très délicat de comparer (oui, je vous rappelle qu’une image pellicule n’est pas composée de pixels). En se retrouvant au premier rang, il est possible d’apercevoir les fameux pixels… un peu gênant non ? Et en faisant attention, même de loin, ils sont parfaitement visibles sur les sous-titres et les textes en général.

Cependant, le numérique en est à ses tous débuts et on parle déjà de 4K (4096 x 2160 pixels) voir de 8K (7680 x 4320 pixels). Rien à voir avec le 2K actuel… A partir de quel niveau aurons-nous une image de définition comparable à de la pellicule standard ? Difficile à dire encore une fois. Mettons que plus il y’a de pixels, mieux c’est et qu’à partir du 8K, ça risque d’être pas mal.

Du point de vue conservation des oeuvres : une pellicule est capable de rester intact des centaines d’années si elle est bien conservée, dans le cas du numérique, nous n’avons pas assez de recul pour savoir si les copies s’altèrent dans le temps et si oui au bout de combien de temps. 

Nous assistons aussi peu à peu à la disparition de la pellicule et à la perte d’un savoir-faire unique, les prix s’envolent et un réalisateur sans beaucoup de budget qui souhaite réaliser son film sur pellicule ne pourra pas le faire. La cohabitation des deux méthodes numérique et pellicule est soutenue par des personnalités influentes du cinéma comme Steven Spielberg ou Martin Scorsese. Pas sûr que cela suffise pour sauver cette pratique.

Projectionniste.net : Introduction à la projection numérique / Wikipédia : le cinéma numériquepellicule photographique

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